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L’Afrique lance son premier Conseil continental de l’IA : une nouvelle ère de souveraineté numérique

L’Afrique lance son premier Conseil continental de l’IA : une nouvelle ère de souveraineté numérique

À Conakry, sous les hautes voûtes du Radisson Blu, quarante-deux drapeaux africains encadraient la scène du Transform Africa Summit 2025. Le 18 novembre dernier, dans cette salle où se mêlaient ministres, entrepreneurs technologiques et représentants de la société civile, Smart Africa a franchi une étape historique : la création du tout premier Conseil Africain de l’Intelligence Artificielle. Pour un continent longtemps considéré comme consommateur passif des technologies du Nord, ce moment marque l’aube d’une ère nouvelle — celle où l’Afrique entend façonner son propre avenir numérique.

Présidé par S.E.M Paul Kagamé, Président du Rwanda et du Conseil d’Administration de Smart Africa, ce nouveau Conseil réunit quinze personnalités d’exception issues de sept pays africains et des secteurs public, privé et académique. Parmi les ministres siégeant au Conseil, on compte des voix francophones majeures : S.E.M Sid Ali Zerrouki d’Algérie, S.E.M Dr. Boukar Michel du Tchad, et S.E.M Cina Lawson du Togo. À leurs côtés, des figures emblématiques de l’innovation africaine comme Karim Beguir, fondateur d’InstaDeep, et Chenai Chair, directrice du Masakhane African Languages Hub, apportent leur expertise technique et leur vision panafricaine. Le processus de sélection, mené conjointement par Smart Africa, la Commission de l’Union Africaine et l’Union Internationale des Télécommunications, a évalué plus de 400 candidatures provenant de 57 nationalités.

Le mandat du Conseil est ambitieux : formuler des recommandations stratégiques pour guider le continent vers un avenir où l’intelligence artificielle sera accessible à tous, utilisée de manière responsable et véritablement bénéfique pour les populations africaines. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la Stratégie Continentale de l’IA adoptée par l’Union Africaine en juillet 2024, qui place explicitement la philosophie Ubuntu au cœur de la gouvernance technologique africaine. L’objectif n’est plus simplement d’adopter les technologies développées ailleurs, mais de créer un écosystème d’innovation ancré dans les valeurs, les défis et les aspirations propres au continent.

Dans l’esprit de Sankofa — ce concept akan qui nous invite à puiser dans le passé pour construire l’avenir — ce Conseil incarne une sagesse profonde : l’Afrique ne peut avancer dans l’ère de l’IA en oubliant ce qui la définit. Ubuntu, “je suis parce que nous sommes”, devient ici plus qu’une philosophie ; c’est le fondement d’une approche de l’IA qui privilégie le bien commun sur le profit individuel, la souveraineté collective sur la dépendance technologique. Comme l’a déclaré Lacina Koné, Directeur Général de Smart Africa : “Notre Conseil nous a demandé d’œuvrer pour que l’Afrique montre la voie — et non qu’elle la suive — dans la transformation mondiale de l’IA.”

Alors que le continent abrite désormais certaines des startups d’IA les plus prometteuses du monde et que des initiatives comme Masakhane travaillent à préserver les langues africaines dans l’ère numérique, une question demeure : comment ce nouveau Conseil parviendra-t-il à traduire la vision Ubuntu en politiques concrètes qui touchent les villages comme les métropoles, du Sahel à Madagascar ?

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